Faîtes-vous du bla bla alimentaire ?

« Dites donc, vous n’en avez pas marre de parler de ce que vous mangez alors que l’on est à table ? » Combien de fois avez-vous entendu cette phrase qui nous résume si bien, nous tous blablateurs alimentaires ? Et s’il fallait ne parler que de nos conversations privées mais rajoutons-y nos photos, nos vidéos, nos notes de restaurants sur les réseaux sociaux sans compter bien entendu toutes ces émissions de radio et de TV, tous ces magazines… On parle donc de ce que l’on mange tout le temps et partout aujourd’hui. Mais pourquoi faire ?

 

Des blablateurs de l’alimentation

 

Cela ne date pas d’hier nous direz-vous et pourtant on peut constater qu’aujourd’hui nous sommes dans une société qui n’a jamais autant parlé de ce qu’elle mange. Combien de couvertures de magazines ? Combien de documentaires, de reportages ? Combien d’interviewes de grands chefs qui y défendent une certaine vision du monde et de la société. Et on adore ça. Mais le plus remarquable est la quantité de contenus proposés par les individus sur les canaux digitaux : blogs, instagram, youtube.

 

Ces modes d’expression où la personnalisation et la subjectivité sont évidemment clé, illustrent notre passion pour le blabla autour de ce que l’on mange et de comment on le mange. On n’y développe pas de grandes théories non, on s’y montre, on s’y met en scène, comme si c’était devenu une façon d’exister dans la société. Même si ce n’est pas son métier. Même si l’on n’y connait rien.

 

Le bla-bla alimentaire, selon Bruno HÉRAULT, chef du Centre d'études et de prospective du Ministère de l'Agroalimentaire et de l’Agriculture, s’installe dans une société qui parle de l'alimentation avec délectation. « Dire ce que l'on mange, ce que l'on ne mange pas, ce que l'on mange avec, ce que l’on mange sans… c’est créer un espace symbolique, culturel dans lequel on se situe, et pour se situer, il faut en parler. »

 

Parler de l’alimentation, c'est se positionner dans la société

 

La nourriture et les goûts de chacun face à cette nourriture sont devenus des manières de se positionner dans la société. Si l’on continue à parler du produit de notre potager ou de la recette de grand-mère, à cela s’ajoute aujourd’hui une capacité à expérimenter des tendances venues d’ailleurs. Des produits, des associations, des inspirations accessibles grâce à la mondialisation et à une diffusion de l’information accélérée via Internet.

 

Il est devenu très facile de complexifier le rapport à ce que l’on mange, l’esthétiser, le comparer, le justifier. Là où hier cela avait peu de sens, aujourd’hui le choix d’un régime pour perdre du poids me positionne, tout comme le choix de manger de la viande ou pas. Ne compare t’on pas d’ailleurs certaines pratiques alimentaires radicales à des religions. Que ce soit en prônant tel ou tel régime, que ce soit en s’engageant pour la préservation des ressources ou le refus de la souffrance animale, que ce soit en décidant d’aimer la cuisine asiatique, méditerranéenne ou mexicaine, on se définit vis-à-vis de notre entourage et de nos pairs.

 

L'alimentation est devenue un marqueur social important d'une société d'individus qui, au travers de ce qu'ils mangent, s'expriment : « Je suis ce que je mange », tout autant que "Je me pose ou je m'oppose » à ce que l’on me propose, à un modèle social.

 

La société parle de ce qu’elle mange car ce qu’elle mange relève de plus en plus de choix - culturel, sociétal, politique et économique- qui l’engagent. Et par conséquent, le blabla alimentaire est peut-être bien plus fondateur que ce que l’on peut croire.

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