Positiver l’économie : où en est le Foodservice de cet idéal rationalisé ?

La prise en compte de ce que l’on appelle pudiquement « les générations futures » s’impose progressivement dans les discours, sinon dans l’action. Faut-il y voir une critique de fond à l’économie normative et à la sacralisation du profit ? Le rêve est permis, à fortiori lorsque l’on sait qu’à la fantaisiste « économie de décroissance » s’est substituée l’économie positive, concept plus réaliste, plus terre-à-terre, plus pragmatique.

 

Suis-je utile à la société d'aujourd'hui et de demain ?

 

Le changement climatique domine les débats depuis le sommet de Rio, il y a un quart de siècle. Le recyclage se fait une place dans les mœurs. La lutte contre le gaspillage alimentaire devient un enjeu public, depuis la cantine jusqu’à l’EHPAD. L’écologie est un mouvement politique. On le sait, cette bonne volonté ne passe pas toujours l’épreuve des faits. Groucho Marx disait : « Je ne me soucie pas des générations futures. Qu’ont-elles  fait pour moi ? ». Manifestement, nous sommes encore nombreux à le penser, parfois au plus profond de nous-même. D’aucuns y verront l’influence de l’économie normative qui, disons-le sans aucune considération idéologique, met les pleins feux sur les indicateurs rentabilistes quantitatifs, avec les avantages et les inconvénients que l’on sait. Le « règne de l’urgence ». C’est ce que tente de challenger le concept d’économie positive ! Se risquer à la définir, dans l’absolu, n’est pas une bonne idée tant la notion est encore mouvante. Voici tout de même un nuage sémantique pertinent, inspiré par le document de synthèse « Pour une économie positive » produit il y a 3 ans par un groupe de réflexion présidé par Jacques Attali :

 

  • L’économie positive repositionne le curseur temporel pour attribuer un coefficient plus élevé au long-terme ;
  • Elle considère le monde comme une entité vivante qu’il convient aussi de protéger et de valoriser, et dont l’humanité n’est qu’une des nombreuses dimensions ;
  • Une entreprise « positive » considère que le bien-être de ceux qui la composent (salariés, dirigeants, actionnaires) n’est pas sa seule raison d’être. Elle veut aussi créer des services utiles à la collectivité, présente et future ;
  • Enfin, l’économie positive « facilite » la réponse à la question : « Suis-je utile à la société, d’aujourd’hui et de demain ?».

 

Sand Maker, sauce Chatni et légumes moches

 

Dans un secteur d’activité aussi particulier que le Foodservice, la « positivation » de l’économie passe forcément, quelque part, par l’innovation.

 

Elle peut-être technologique : rappelez-vous cette célèbre marque néo-zélandaise de bières qui a inventé Sand Maker, un système innovant qui recrée du sable à partir de bouteilles de bières usagées dans un pays où la plage, principal atout économique, perd du terrain. Mais elle peut aussi se matérialiser par le savoir-faire, le mode opératoire, le storytelling, la communication, le bon sens.

 

L’économie positive appliquée à la restauration, c’est cuisiner des épluchures de pomme de terre pour en faire des chips succulentes. C’est aussi faire une bonne sauce Chatni avec ces légumes « moches » que l’on boude. L’économie positive dans la restauration, c’est faire l’effort de s’informer sur les apports de la technologie dans la lutte contre le gaspillage. C’est par exemple céder ses invendus quotidiens à Une Fourmii Verte. C’est aussi engager la réflexion sur les distances parcourues par les matières premières et appuyer son ancrage territorial. Et parce que le meilleur déchet est celui qui n’existe pas, on confie ses résidus inconsommables à ceux qui en font du compost pour l’agriculture comme Moulinot.

Je peux aussi confier mes travaux de blanchisserie à des travailleurs en insertion et recourir à des caissons isothermes et autres chauffe-plats pour limiter la consommation énergétique en cuisine. L’économie positive, c’est enfin une signalétique et une accessibilité optimisées pour les personnes à mobilité réduite. La bonne nouvelle, c’est qu’une bonne partie de ces mesures va aussi rationaliser vos coûts et booster votre rentabilité. L’économie positive n’est pas incompatible avec le profit. Elle lui donne du corps, du cœur, du sens.

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Redigé par La Horde L'INNOVORE

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