J'ai envoyé mon ADN pour mieux manger

Par une journée ensoleillée du printemps 2022…

- « Tu fais quoi cet après-midi ?

Je récupère mes chemises au pressing, j’ai rdv chez le coiffeur et je dépose mon ADN chez le Habit… »

Quoi ? Amazon n’aura toujours pas mis la main sur le marché du pressing ?

On ne s’y connait pas trop en repassage et en nettoyage à sec… mais on peut vous affirmer que les chromosomes chez le nutritionniste ça tient plus de la description factuelle que de l’élucubration passablement futuriste tirée d’une série Z. C’est parti !

 

On emballe dans un sac Biohazard et on nettoie la scène du crime

 

Dans la baie de San Francisco, une belle boite branchée, « Habit », vous invite à déposer un échantillon génétique dans ses locaux pour repartir avec un rapport personnalisé (et vulgarisé) sur la façon avec laquelle votre corps réagit à l’ingestion de chaque type d’aliment. Vous repartez aussi avec la carte d’un coach en nutrition qui, si vous le souhaitez, vous fait livrer des repas calibrés sur vos spécificités génétiques et pensés pour servir vos objectifs physiques (perte de poids, prise de masse…). Avec un pitch aussi glamour, la jeune pousse de Neil Grimmer, punk rocker reconverti en pionnier de la nutrition personnalisée, est peut-être en train de disrupter le marché de l’alimentation !

 

Sophie Egan du Washington Post a joué les cobayes pour boucler son papier paru l’été dernier. « J’ai envoyé mes échantillons de sang et d’ADN. Mon interlocuteur m’a ensuite expliqué mon profil de mangeur, chiffres à l’appui ». On vous l’accorde, le programme n’est pas succulent : on jeûne 10 heures, on répond à des questions (très) personnelles, on frotte un bâtonnet contre la face interne de sa joue pour choper quelques cellules, on perce un doigt avec une aiguille auto-piquante pour récupérer des gouttelettes de sang... on emballe le tout dans un sac biohazard et on nettoie la scène du crime. Pendant l’attente des résultats, on se demande si on devra renoncer, pêle-mêle, au Coca, aux marshmallows ou pire… au café ? Quelques jours plus tard, je reçois donc une enveloppe avec un petit papier type « et l’Oscar du meilleur film revient à… » avec mon profil nutritionnel parmi une septaine de types. Vous serez donc un « Slow seeker » (compatible avec les aliments riches en fibres et en sucres lents) ou encore un « Fat seeker » (la graisse est une source d’énergie inestimable pour vous). Dans l’enveloppe aussi, un plan d’alimentation personnalisé décrivant votre assiette idéale vous permettant de mieux manger.

 

L'implacabilité des maths... la génétique en plus

 

Dans l’absolu, la nutrition personnalisée a du sens. Qui refuserait de faire parler son ADN pour manger sur-mesure ? Mais en réduisant l’alimentation à quelque chose d’aussi implacable qu’une relation mathématique encadrée par la génétique, on la déleste de sa composante sociale pour lui assigner le rôle d’un simple carburant qui fait marcher la machine humaine. L’impact de l’ultra-personnalisé sur le foodservice est potentiellement énorme : « J’adorerais vous accompagner au sushi store, mais je dois me tenir à mon régime Range Seeker ». Vous voyez l’idée. Ce désir de personnaliser mes expériences alimentaires s’inscrit finalement dans la suite logique de l’individualisme, de mon désir d’être exceptionnel. Celui-là même qui catalyse l’émergence des subcultures, échappatoires à la culture « dominante »…

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