Et on débaptisa le steak et la saucisse…

On commence avec un petit #Glam : la dénomination « lait » est exclusivement réservée au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenue par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction. La Cour Européenne de Justice s’est longtemps contentée de froncer les sourcils. Elle a finalement sévi par une matinée ensoleillée de juin 2017, au grand malheur du producteur qui a dû troquer sa blouse blanche contre la chemise à carreau faussement négligée d’un marketer, histoire de trouver de nouveaux patronymes aguichants au fruit de son labeur. Et puis dix mois plus tard, on débaptisa le steak et la saucisse.

 

Tout le monde faisait semblant

 

C’est au nom d’un strict cadrage sémantique que les magistrats de l’UE ont condamné le beurre au tofu, le beurre coco, le fromage végétal ou encore le lait d’avoine à l’extinction… du moins sous ces appellations empruntées au règne animal. Parce que oui, les mots ont (encore) un sens, surtout dans un contexte où le mangeur braque les projecteurs sur l’amont de son assiette pour y déceler l’authenticité, la traçabilité, la responsabilité. Si certains y voient une atteinte à la liberté sacrée de la concurrence, d’autres y voient la fin d’une mascarade où tout le monde « faisait semblant ». Il n’en fallait pas moins pour relancer la ritournelle sur le prétendu monopole des lobbies laitiers. Car en même temps, on continuait à vendre librement le steak de soja avec, en prime, un plaidoyer de l’Assemblée Nationale : « L’appellation steak de soja n’a pas été contestée jusqu’à présent. La simple utilisation d’une dénomination du type Steak de X, X étant un végétal, ne peut pas être considérée comme trompeuse pour le consommateur ». Mais on dit aussi « lait de soja »… Le rétropédalage aura finalement lieu 10 mois plus tard. Jeudi 19 avril, l’Assemblé nationale vota l’interdiction de commercialiser la « merguez vegan », le « goût bacon » et le steak de soja. Mine de rien, l’explication fournie par le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM), initiateur de l’amendement, est convaincante : « On a aussi des steaks hachés qui vont avoir entre 30 et 40% de produits végétaux qui coûtent moins cher à fabriquer mais qui sont quasiment vendus le même prix au consommateur sous l’appellation steaks hachés ». Oui. Maintenant, les sourcilleux réclament la fin du lait corporel et des beurres fondants pour les lèvres.

 

Elixir de soja, philtre de chanvre et potion d’amande

 

Les producteurs vont devoir repartir de zéro pour trouver des appellations qui font mouche, au risque de casser la tirelire car en cas de non-respect des appellations, la facture est (très) salée : jusqu’à 300 000 € pour pratique commerciale trompeuse. On ignore pour l’instant si les astucieux « Sheese » au lieu de « Cheese » ou encore « Mozzarella style » au lieu de « Mozzarella » pour désigner les pendants vegan de ces aliments seront tolérés. Le vromage ou le faux-mage quant à eux pourraient bien avoir le vent en poupe ! On se réjouira également de cuisiner avec de l’Elixir de soja, du philtre de chanvre, ou de la potion d’amande... de quoi rendre jaloux les amateurs de lait, à moins qu’Astérix n’ait déposé le nom à l’INPI ? Quoi qu’il en soit, et n’en déplaise aux fantaisistes, on semble s’acheminer vers des ajustements linguistiques plutôt logiques, à défaut d’être originaux : « jus » et « boisson » devraient remplacer « lait », « steak » devrait céder la place à « galette » ou « tranche ». Il n’y a pas de quoi en faire un fro… euh non pardon, un Gary !

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