Food Coaching : « il a le dernier mot… même quand il raconte des salades ! »

Vos convives défouraillent leur smartphone et font prendre la pose à leur plat du jour ? Ce n’est pas forcément un autre spasme de l’instagramite aiguë, ce serait trop facile. Désormais, il va falloir composer avec le commensal invisible, l’invité mystère, le coach en hologramme. Celui qui sait tout, affublé de cette aura d’expert doublée du halo digital qui vous échappe. Il ne vous impressionne pas ? Monsieur se croit pourtant tout permis et dicte à VOTRE client ce qu’il doit ingurgiter. Et le pire, c’est qu’il a le dernier mot, même quand il raconte des salades.

Ok, on n’en est pas encore là, mais les applications de food coaching squattent les smartphones des aficionados du manger-mieux. Au point d’impacter le quotidien des pros de la RHD ?

C’est un scénario comme un autre...

 

« Mon paradis alimentaire est champêtre, mais la modernité n’est pas mon ennemie »

 

« Le nombre important des téléchargements indique qu’il y a un fort intérêt pour le contrôle alimentaire via le terminal mobile ». C’est la conclusion (somme toute assez évidente) à laquelle avaient abouti les chercheurs de l’Université de Reading dans le cadre d’un état des lieux des « nouveaux » comportements alimentaires. L’omniprésence des applications de food coaching sur les smartphones est un prolongement logique de la tendance healthy, tout comme l’émergence des applications de coaching sportif. Le portrait robot du mangeur contemporain revendique sa complexité. « Mon paradis alimentaire est champêtre, il fait la part belle au frais, au circuit court, à la saison, et bannit les fulgurances industrielles modernes du conservateur, de l’additif et de l’OGM. Mais la modernité n’est pas mon ennemie. Je me l’approprie. Je soumets mes aliments, fruits de la générosité de Dame Nature, à l’appréciation d’un algorithme « big data » porté par une application ultra-complexe installée sur un terminal mobile high tech », semble penser le gourmand healthy. Après l’esthète qui expose au musée d’Instagram, voici le savant qui challenge l’ADN de la bonne chair.

  

La typologie du food coaching… à emporter dans un doggy bag

 

Elles s’appellent Yuka, Foodvisor, Kwalito, Alim’Confiance ou Open Food Facts, et se proposent de pallier notre inculture par des conseils « éclairés » et « indépendants ». Petite typologie, prête à emporter :

 

  • Type 1le scanner à l’ancienne : le process est entièrement automatisé, sans intervention humaine. On scanne une étiquette, un Code HR, un plat (mais aussi des produits cosmétiques) pour évaluer leur éventuelle incidence sur la santé. Yuka, figure de proue du food coaching de type 1, propose même une alternative plus saine aux produits prétendument nocifs… les mauvaises langues diront que l’alternative est sponsorisée… Kwalito, Foodvisor et Open Food Facts suivent le même business model. Portée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, Alim’Confiance s’intéresse plutôt à l’origine des aliments et à la rigueur d’hygiène des établissements de production, de transformation et de distribution. Elle pourrait, moyennant quelques améliorations ergonomiques, profiter aux acheteurs de la RHD ! My Food Story fait la même chose… en mieux, avec un petit voyage virtuel vers le producteur, dopant ainsi l’expérience utilisateur.

 

  • Type 2 – le coach de poche : plus chères, plus poussées et ultra-personnalisées, les applications du type 2 appellent l’intervention humaine avec un coach « réel » qui conseille/oriente sur l’alimentation en fonction des objectifs, des préférences et des convictions du mangeur. Elles s’appellent MyFitnessPal, Rise et Noom Coach. Pour bénéficier de l’apport d’un coach de poche, il faut compter 9 à 14 €… la semaine. « Payer autant pour l’accès à un coach via une application mobile… ce n’est pas quelque chose que je qualifierais de viable», explique Lauren Goode, rédactrice en chef et critique sur Re/Code qui a eu l’occasion de tester Rise.

 

  • Type 3 – l’aliment co-créé: ce segment est pour l’heure en monopole, le concept a tout simplement été inventé par ScanUp. Elle informe sur le degré de transformation d’un aliment, assigne un nutri-score en fonction de ses apports nutritionnels, de ses allergènes, de ses labels, de sa composition, et propose une « fenêtre » de conversation entre le mangeur et les industriels avec un système de vote sur l’origine des ingrédients, la composition du produit, les éventuelles concessions sur le goût… un échange qui peut déboucher sur la création d’un aliment personnalisé dûment commercialisé.

 

Le food coaching au restaurant : la différenciation en attendant l’exigence explicite

 

Il y a quelques mois, on vous racontait comment les tables avaient perdu des décibels au gré de la démocratisation des smartphones. C’est mathématique : les app de food coaching s’invitent de facto au restaurant, car leur « contenant » y est déjà. Pour les professionnels, la tendance n’est pas encore assez mature pour qu’elle puisse déclencher un quelconque investissement. On peut tout de même imaginer quelques initiatives « bon marché » pour anticiper une éventuelle déferlante aiguë du food coaching… la viralité étant par définition quelque chose d’imprévisible :

 

  • Les plats proposés dans le menu pourraient être accompagnés d’un « nutri-score » calculé par l’application du choix du restaurateur pour épargner au convive le rituel pré-alimentaire ;

  • On pourrait imaginer un menu s’articulant autour de catégories « healthy-driven » selon la segmentation propre d’une application : low calories, superfood, Gulten free,

  • Une petite mention, mise en valeur sur la carte : « Voyagez chez nos producteurs en scannant nos aliments avec My Food Story ! ».

 

Si ces mesurettes s’apparenteraient aujourd’hui à un facteur de différenciation, elles pourraient, dans un futur plus ou moins proche, répondre à une exigence bien réelle. Promis, la Horde vous en avertira !

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