Food Computing et restaurant pépinière!

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la croissance démographique n’est pas la seule source de préoccupation de la sécurité alimentaire. Oui, on sera 9 milliards en 2050, mais on sera surtout plus « urbains ». Plus de 80% de la population vivra en ville d’ici une petite trentaine d’années. Par construction, nous ne pourrons plus subvenir à nos besoins alimentaires si le logiciel de l’agriculture n’est pas mis à jour. Et comme souvent, le salut viendra par l’innovation, qui reste la seule issue sérieuse. Dans la famille de la Foodtech, la horde appelle le Food Computing !

 

L’aliment ultra-local de Totnes

 

La roue de secours des pesticides et des OGM est vouée à un hors-piste dangereux : celui de la destruction des sols cultivables sur le long terme. L’agriculture exclusivement campagnarde se heurte à une urbanisation décidément inéluctable. La sécurité alimentaire passe donc par une autre culture, plus proche du consommateur, affranchie des conditions météorologiques, débarrassée des trajets exagérément longs et surtout en phase avec le progrès technologique. Ce constat ne date pas d’aujourd’hui. Rob Hopkins, précurseur de la permaculture, l’avait déjà dressé en 2005. Il avait même initié le mouvement de l’agriculture urbaine, avec une expérience pilote réussie dans le village anglais de Totnes,  où les habitants se nourrissent majoritairement de fruits et légumes « ultra-locaux ». Près de 15 années plus tard, ce sont plus de 12 000 villes dans une cinquantaine de pays qui jouent le jeu, dont Rambouillet, Epinal ou encore Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne, qui entend lancer un projet de « transition agricole et alimentaire unique en France » par la création d’une centaine de fermes bios sur l’ex base aérienne 2017. Manifestement, pour passer à la vitesse supérieure et contourner les nombreuses contraintes géologiques et météorologiques propres à la ville, on va pouvoir compter sur l’AgriTech et le Food Computing.

 

 

La technologie : du trouble-fête au médiateur de la réconciliation avec Mère Nature

 

Répondre à 100% des besoins d’une petite bourgade en kiwis ou en abricots ? Facile. Satisfaire les besoins en pommes de terre d’une grande métropole comme Paris ? C’est déjà un énorme défi… énorme mais pas insurmontable, comme le montre l’émergence de dizaines de jeunes pousses spécialisées en Europe, en Amérique du Nord et dans les contrées nippones. On vous en parlait déjà dans notre article Le Big Data à la rescousse du défi alimentaire : l’Open Agriculture (OpenAg) de Caleb Harper est bien parti pour viabiliser le projet de la pépinière-maison urbaine dans laquelle on ferait pousser des fruits et légumes indépendamment des conditions météorologiques et géologiques. On n’est pas ici dans l’idée d’un prototype sans lendemain : le concept embarque des ingénieurs-agronomes et des chimistes, mais aussi des architectes et des urbanistes pour viabiliser le projet dans la ville, puis des économistes pour veiller à maintenir un prix de revient raisonnable. Le Food Computing, que l’on désigne plus rarement par l’expression informatique alimentaire acquiert, filtre, analyse et interprète des données alimentaires hétérogènes provenant de sources agricoles disparates, puis formule des recommandations aux agriculteurs qui sont alors libres d’en prendre compte ou pas (phase I) et/ou les applique par un système informatisé en plug and play (phase II).

 

C’est donc sur la phase II que le Food Computing est attendu à moyen terme, pour que l’agriculture ne soit plus l’apanage des simples agriculteurs. Bien sûr, les retombées de cette révolution éventuelle seraient énormes. D’ailleurs, des travaux académiques poussés, comme la très récente « Survey on Food Computing » réalisée conjointement par l’Institute of Computing Technology de Chine, le groupe Lenovo et l’University of California (4 juin 2019) se gardent bien de prédire l’impact de l’agriculture urbaine individuelle et informatisée. L’espoir d’atteindre la suffisance alimentaire, au moins de subsistance, est tout de même évoqué. En toute logique, le Food Computing n’est pas un élément que les professionnels de la Restauration Hors-et-à Domicile® doivent aujourd’hui anticiper, l’échéance étant plutôt dans l’échelle de la dizaine d’années. La restauration, qui s’engage aujourd’hui dans l’expérientiel plutôt que l’alimentaire au sens strict, ne devrait pas être lourdement « touchée ». On pourrait par exemple imaginer des enseignes autoriser les convives à venir avec leurs propres légumes ou, mieux, accueillir les clients dans un restaurant-pépinière qui cultive ses propres denrées, réduisant de plusieurs points de pourcentage l’impact carbone de l’assiette servie.

Après avoir joué les trouble-fêtes depuis le 18e siècle avec la Révolution industrielle, la technologie pourrait bien détenir la clé de la réconciliation avec Mère Nature ! 

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Redigé par La Horde L'INNOVORE

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