Le food(service) migre discrètement vers le food care

« La nourriture est le carburant du corps ». Cette maxime, et d’autres, matérialisent parfaitement la conception old school de l’alimentation. Notre organisme serait une espèce de Ferrari qui, pour tourner, attend des macronutriments pour faire le plein d’énergie. La horde cogite, philosophe, et se demande si l’aliment sans plomb ne cache pas son jeu.

 

Une histoire de Ferrari, de fuel et d'ATP...

 

Naturellement, et c’est son rôle historico-biologique, l’aliment apporte d’abord protéines, glucides et lipides pour induire des réactions chimiques en cascade, aboutissant à la fameuse ATP, appellation vernaculaire de l’énergie. L’empirique semble valider cette perception unidimensionnelle qui fait fi d’une autre maxime, innovorienne cette fois-ci : « Je suis ce que je mange, je mange ce que je suis ». En effet, un groupe de chercheurs mené par le docteur John Berardi, cofondateur de Precision Nutrition, a réalisé une petite enquête terrain intéressante. Il a écrit, sur la page Facebook de sa firme, « Food is  _______», laissant à la communauté le soin de compléter la phrase.  

Sans surprise, plus du tiers des répondants se sont fendus d’un classique « Fuel », pour « Food is Fuel ». Et lorsque l’on sait que la cible de Precision Nutrition est un CSP+ plutôt sportif, on mesure combien la symbolique de la nourriture, qui puise aussi bien dans le sociologique, le psychologique, le biologique et l’historique, demeure, non pas fantasmée ou « fantasmagorée », mais abstraite, inconsciente et sous-entendue. Prétendre l’absence de l’envers social de la nourriture serait déraisonnable. On n’aurait alors plus de cadre pour appréhender des phénomènes vraisemblablement sociétaux comme le foodporn, l’engouement pour le bio ou encore l’émergence du superaliment.

 

 

Le billet d'argent n'est qu'un bout de papier imprimé...

 

Des graines ont été semées au début du millénaire… pour germer pendant la décennie 2010. La molécule « Foodservice » a attiré les atomes « santé », « environnement » et « expression de soi » au gré de l’évolution des habitudes d’un mangeur de moins en moins binaire… un mangeur qui a distillé plus de nuance dans l’intervalle dichotomique qui compte la borne inférieure « faim » et la borne supérieure « satiété ». Le verbatim puise dans le jargon de la santé, du lifestyle, du développement personnel, de la culture, des relations humaines. Ainsi, le Foodservice aurait discrètement migré vers le Food Care. C’est en tout cas la conclusion que font les Food Shapers du Think Tank « Food Tank » au terme de l’expédition « Food Innovation Global Mission » qui les a menés à 12 centres alimentaires dans les quatre coins du monde pendant deux mois.

 

On ne demande pas le billet d’argent pour ses qualités intrinsèques, mais pour ce qu’il est capable de nous procurer. Ce n’est, dans l’absolu, qu’un bout de papier imprimé en couleur. L’analogie avec l’aliment est intéressante. Extrait des conclusions de « Food Tank » : « […] l’industrie des services alimentaires évolue vers l’industrie des soins alimentaires : les consommateurs veulent que l’industrie de la restauration ne se limite pas à la simple nutrition ; ils veulent l’expérience et le lien humain que les aliments peuvent faciliter ». Cette conclusion change la grille d’analyse de l’alimentation, qui repose désormais sur trois piliers :

  • La (re)connexion, en ce sens que le repas est vecteur d’interactions humaines ;
  • La personnalisation, dans la mesure où ce que l’on mange s’inspire de ce à quoi nous croyons (religion), ce que nous craignons (allergènes), ce que nous aimons (goûts), ce qui nous entretient (diététique) et ce que nous voulons être (style de vie) ;
  • Les valeurs et les convictions, car l’aliment a le pouvoir de faire ou de défaire l’éthique et l’équité (rétribution équitable des agriculteurs) et de préserver l’environnement (circuit court, agriculture bio).

Mais l’aliment ne changera pas le monde à lui seul. Il attendra que le consommateur fasse siens ces trois piliers, car le défi n’est pas tant de prédire l’avenir que de le façonner.

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Redigé par La Horde L'INNOVORE

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