Le homade a t-il tué le home-made ?

Manger chez soi, sur le pouce, en tête à tête avec un écran, ou bien en faisant autre chose est devenu pratique courante chez les urbains hypermobiles. Cela s’appelle le homadisme. Le homadisme c’est l’hybridation interculturelle de home et de nomadisme. Le homade n’a pas le temps de se poser à un endroit dédié pour prendre son repas. Et encore moins le temps de cuisiner !

Le mot homade a d’ailleurs ceci de curieux qu’il ressemble beaucoup à home-made, le « fait maison », avec la touche personnelle du cuisinier. Pourtant, les deux mots convoquent des styles de vie diamétralement opposés. C’est fou comme deux lettres et un tiret peuvent tout changer !

 

Une illustration de l’évolution de la société dont l’économie de temps se reflète dans la contraction des mots ? Le homade a-t-il tué le home-made ? Pas si sûr ! Car le home-made, c’est peut-être aussi la promesse d’un temps retrouvé grâce au Food(Service). Après tout, on peut manger du fait maison qui n’est pas fait chez soi !

 

 

Chacun mange ce qu’il veut, où il veut, quand il veut

Ce soir, Madame, mangera une soupe sur un coin de table pour finir son travail. Monsieur dégustera devant un film les sushis achetés en sortant du bureau. Leur fils se fera livrer des pizzas pour sa répétition de musique. Exit le repas familial où chacun partage un moment en même temps qu’un même repas. De plus en plus, et surtout dans les grandes villes, chacun mange en fonction de ses contraintes et de ses envies.

Dans une économie de temps, le moment attribué à la préparation d’un repas a été considéré progressivement comme du temps « perdu », au même titre que les autres tâches domestiques déléguées à des tiers ou externalisées. Du temps que l’on alloue plus volontiers à des activités jugées plus intéressantes, comme le sport par exemple.

Il n’y a qu’à voir à quel point le format et le contenu des recettes de cuisine pour le grand public ont évolué ces 30 dernières années.

 

Des émissions culinaires aux tutos express

Ceux qui sont assez vieux pour se rappeler l’avant Internet se souviennent très certainement des émissions culinaires de Raymond Oliver ; de son fils Michel Oliver ou de Maïté. Même si les étapes étaient parfois raccourcies, une émission entière était nécessaire pour présenter des recettes désormais oubliées (Les œufs Toupinels…) avec des ingrédients bruts (voire vivants pour Maïté…). Le temps de préparation était un gage de chamboulement des papilles avec des plans de 10 minutes sur un ragoût en train de mijoter...

Aujourd’hui, les Petits plats en équilibre de Laurent Mariotte, qui défend une cuisine saine, de saison et bon marché, c’est 1’30’’ à 2’’  après le JT de 13 h 00 ...

Dans un registre « assemblage d’ingrédients déjà transformés », il y a aussi les vidéos virales type Démotivateur comme les Cookies aux Oréos ou le Sapin au pesto pour l’apéro. Précision : le temps des vidéos Démotivateur, 45’’ en moyenne, est inférieur au temps du générique des émissions de Michel Oliver… Tout est dit !

Et pourtant …

 

À la recherche du temps perdu

Et pourtant, il y a encore du respect, de l’admiration et de l’envie pour le « fait maison » et les recettes traditionnelles. Parce que le « fait maison », c’est le goût, l’émotion, la recette familiale, la touche personnelle, l’ancrage dans le présent et l’histoire personnelle à la fois, le réconfort, la Madeleine de Proust…Oui, il y a bien de la valeur ajoutée dans le temps passé à mitonner un repas !

Ici, Mamie Régale propose des petits plats « à déguster directement sur le clavier ». Ils sont préparés par des Mamies (et des Papis) qui trouvent dans l’aventure un complément de revenu ainsi que du lien social. Là, EatWith permet d’aller manger chez l’habitant. Ici, My Cuistot et ses cours de cuisine à domicile vous apprend comment mitonner de bons petits plats. Là, des cantines solidaires où tout le monde participe et partage un repas. Ici, Un dîner presque parfait où les participants s’invitent les uns chez les autres et s’attribuent une note en chuchotant dans les toilettes. Là, Famileat cuisine et livre des plats familiaux à partager. Sans oublier la longévité des bouillons parisiens, tels que Chartier ou Julien qui proposent des plats traditionnels faits maison à des prix défiants toute concurrence, dans un décor à contempler.

C’est bel et bien qu’il y a l’envie de retrouver un moment repas autour d’un plat cuisiné traditionnel fait maison… même s’il n’est pas fait chez soi.

Le Food(Service) l’a bien compris et s’adapte aux divers visages, contraintes et contradictions des homades hypermobiles qui mixent plusieurs comportements alimentaires. Et qu’importe si le home-made n’est plus vraiment fait chez soi, du moment que la promesse du temps retrouvé est tenue…

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