Vers une mondialisation régionalisée

L’analyse de la crise à chaud est complexe car nous ne disposons pas du recul nécessaire pour en saisir toute l’étendue et nous n’en connaissons pas encore toute la possible intensité, Fabrice Le Saché, Porte-parole et Vice-Président du MEDEF

 

"Une nouvelle approche est impérative pour éviter les chocs

 

L’évolution de la réalité sanitaire est la principale variable susceptible d’aggraver ou d’atténuer les divers impacts sur nos vies. Celle-ci commande humilité dans les prévisions et projections qui fluctuent au gré de nombreux paramètres : succès ou insuccès des traitements thérapeutiques, découverte plus ou moins rapide d’un vaccin, immunité éventuelle des personnes touchées, mutation du virus au fil du temps, capacité à disposer d’une logistique d’identification des cas, de confinements ciblés, d’équipements sanitaires pour maîtriser la propagation, de systèmes de santé adaptés pour parer à d’éventuels pics successifs.

 

C’est une véritable vie économique et sociale sous COVID qu’il conviendra d’organiser dans les prochains mois. Quelle que soit l’hypothèse, nous savons que nous devrons vivre avec cette menace et il faut donc investir, dès à présent, en conséquence.

 

Fabrice Le Sache Medef pour L'INNOVORE

 

Rappelons-nous que le COVID19 est le dernier avatar d’une succession de pandémies récentes. Le risque était donc identifié mais collectivement sous-estimé, notamment en Europe où nous avons été plutôt épargnés dans la décennie écoulée. Au regard des dégâts humains et matériels de la crise actuelle une nouvelle approche est impérative pour éviter les prochains chocs. Il faudra s’interroger sur la gouvernance et l’efficience de l’OMS, sur la transparence des Etats et le partage d’informations en temps réel, sur la mutualisation des moyens de recherche et la collaboration public/privé, sur les constitutions de stocks de matériel, sur l’appui des technologies, entre autres.

 

J’ajoute que beaucoup d’observateurs ont exprimé l’idée selon laquelle le monde de « demain » serait absolument différent de celui d’ « hier ». Tout dépend de ce que l’on entend par différent. Si il s’agit de l’accélération des bascules environnementales et sociales, j’en suis convaincu. Ces interrogations qui préexistaient à la crise en seront renforcées.

 

A cet égard, l’ombre grandissante du réchauffement planétaire projette les effets d’un COVID puissance 1000 sans retour en arrière ni vaccin possibles. La biodiversité est, elle aussi, une catastrophe annoncée pour la chaîne du vivant. Agir mollement ou à pas comptés serait succomber par incurie. La force de nos idées, de nos économies et des talents humains doit être toute tendue à la réussite de la transition écologique. Le scénario du COVID a démontré que l’impossible est toujours voué à s’échouer sur la réalité. Changeons donc de cap et passons à la vitesse supérieure !

 

Relocaliser les productions stratégiques

 

De cette première idée découle que nous ne puissions plus être décemment soumis à une concurrence internationale sans règles cohérentes. Importer des biens que nous nous interdisons de produire ? Étendre des chaînes de valeur dans de multiples pays ? Rémunérer au même niveau des produits ou services à impact positif ou négatif ? Un défi au bon sens.

 

Il faut assumer les choix du modèle européen, notamment en matière environnementale. Nos relations commerciales devraient clairement s’y attacher. Une taxe carbone aux frontière européennes serait à ce titre une avancée concrète tout comme la relocalisation d’un certain nombre de productions stratégiques assurant notre indépendance et liberté de choix. L’autonomie stratégique est vitale au sens propre.

 

L’accélération d’un duopole technologique et industriel sino-américain ne peut laisser l’Europe indifférente. L’intégration économique européenne est la seule réponse d’envergure possible.

 

Une mondialisation régionalisée

 

Je crois par ailleurs qu’elle correspond à une nouvelle phase de la mondialisation qui tendra à une régionalisation accrue des flux, au sein d’espaces plus homogènes. La coopération internationale n’en sera pas moins nécessaire.

 

Aucun défi du siècle (climat, pandémie, technologies, terrorisme,..) ne peut être pleinement ou efficacement traité par des Etats seuls : la coopération, qu’elle qu’en soit l’habillage, sera le facteur clé de réussite."

 

Fabrice Le Saché, Porte-parole et Vice-Président du MEDEF

 


 

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Redigé par La Horde L'INNOVORE

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