La livraison de repas par drônes, état des lieux

Le 10 mai 2018, Forbes titrait : « Uber se prépare à tester la livraison des repas par drone ». Aujourd’hui, c’est déjà l’heure du bilan… pas forcément des drones Uber qui n’ont jamais vraiment décollé (si ce n’est du côté de San Diego, en mode bêta), mais de la livraison par les airs qui semble challenger le paysage urbain (et la loi) après avoir relevé avec brio le défi de la technique et de la logistique. Et marketing dans tout ça? Pas (vraiment) une nécessité. Pourquoi ? Parce qu’une Margarita qui vole dans les airs, c’est un événement en soi. 

 

De Kigali à Sao Paolo, de Casablanca à Shanghai

 

La cartographie de la livraison par drone, tous produits confondus, obéit forcément à la réalité socio-économique des pays et des régions. Si l’Europe et l’Amérique du Nord convoitent le marché juteux de la livraison des repas, les drones « du Sud » transportent surtout des biens de première nécessité. Le gouvernement rwandais a par exemple paraphé un contrat avec Zipline International en 2016 pour livrer des médicaments dans les zones mal desservies par les routes. Une expérience qui a visiblement inspiré le gouvernement péruvien qui livre des antidotes pour traiter en urgence les morsures de serpent, faisant passer le temps de livraison de 6 heures (en Jeep) à 35 minutes. Du côté des Emirats Arabes Unis, le gouvernement qui fait des IDE son dessein ultime, livre les documents officiels et les passeports par les airs. Les drones livreurs de pizza volent donc surtout sur le Vieux Continent et l’Amérique du Nord, même si des expérimentations (surtout en one shot, principalement des opérations promotionnelles) ont aujourd’hui lieu à Casablanca (partenariat entre McDo et Jumia Food), à Sao Paolo, Shanghai et Mumbai.

 

Aha et Wing mènent la danse

 

A ce petit jeu, Reykjavik a doublé New York, Londres et Paris. Il faut dire que les caractéristiques géographiques de l’Islande se prêtent tout particulièrement aux petits objets volants. Peu de risque de voir le drone percuter un gratte-ciel ou se faire pulvériser par un camion… le pays compte plus de moutons que d’habitants, et ses vastes étendues sauvages facilitent la mise en place de couloirs de vol, aujourd’hui au nombre de 13. Et c’est Aha, plus grande plateforme e-commerce du pays, qui s’y colle, mobilisant les drones chinois DJI (périmètre de 8 km).

 

L’autre expérience probante est signée Wing, filiale d’Alphabet (Google). C’est en Australie, du côté de la banlieue de Canberra, que la firme de Mountain View a choisi de déployer à grande échelle son pigeon voyageur new age… même si les Australiens ne sont pas aussi choyés que les Islandais car au menu, il n’y a que des encas, des médicaments et des produits d’épicerie. Les engins utilisés par Google ne peuvent en effet porter que des colis d’un kilo et demi. Côté expérience client, deux « retours » ont poussé Wing à revoir sa copie : les habitants ont épinglé le bruit des engins (Wing a par la suite réduit la vitesse et remplacé les hélices) et l’utilisation de caméras embarquées (Wing a émis un communiqué pour expliquer que les caméras étaient exclusivement dédiées à la navigation).

 

Wing convoite à présent le marché scandinave, qu’elle compte entamer par les environs de la capitale finlandaise Helsinki.

 

Aux Etats-Unis, les firmes se jaugent sans véritablement se lancer. En cause : une législation compliquée. Le projet Wing avait bien reçu le feu vert de la FAA pour livrer à Blacksburg, en Virginie, et Flytrex, qui équipe les drones islandais d’Aha, aurait reçu l’autorisation de faire voler ses drones à Holly Springs, en Caroline du Nord. Uber, FedEx, Intel, Qualcomm, Amazon, Target  et Walmart tâtent le terrain, mais les restrictions de la FAA rendent la chose peu pratique et surtout peu rentable.

 

La première ligne commerciale régulière de livraison par drone au monde a été réalisée en France, en 2016. Elle est exploitée par La Poste, entre Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et Pourrières, dans le Var… mais elle ne livre que des entreprises. Amazon « s’exerce » du côté d’Anvers, en Belgique. La logique voudrait que l’expérience soit calquée dans l’Hexagone dans un avenir proche.

 

L’output alimentaire devient nomade

 

Plus largement, qu’elle soit dans les airs ou sur la route, la livraison a poussé la restauration à puiser dans les facteurs clés de succès de la logistique, modifiant le rapport entre le convive et ses enseignes préférées. La multiplication des canaux de livraison a propulsé de nouveaux acteurs sur le marché, avec l’apparition des fameuses Dark Kitchens de ces pure-players qui limitent la relation client à une histoire de pixels. Du côté des industriels, la variable de la fraîcheur prend davantage d’importance à mesure que l’output alimentaire doit parcourir plus de distance avant sa consommation…

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