L'assiette a un sexe

Sur la terrasse éphémère d’une guinguette parisienne branchée, un serveur hésite. Il a beau porter son plateau avec aisance, il a fait fi de l'un des rudiments de son métier. Devant lui se tient un couple trentenaire. Sur son plateau, des rouleaux de printemps et une escalope milanaise. Qui a commandé quoi ? Parce qu’il n’a pas froid aux yeux, il décide de laisser parler l’expérience. Notre ami serre les dents et pose le plat carné devant le monsieur. Il a vu juste.

Alors comme ça, notre assiette serait masculine ou féminine ?

 

Il n’y a ici point de généralisation… la chose alimentaire n’est pas linéaire

 

L’amour, c’est d’abord une affaire de concession. N’est-il pas beau de constater que les préférences alimentaires genrées se diluent dans le plat familial, préparé aux petits oignons, les papillons dans le ventre (ou froidement livré par Deliveroo, ça marche aussi) ? C’est en tout cas la conclusion très fleur bleue à laquelle a abouti Kantar Worldpanel via son tracking de consommation qui se propose de ventiler nos préférences alimentaires selon notre sexe. Messieurs dames, rassurez-vous : il n’y a ici point de généralisation. S’il y a, sur cette terre, quelque troubadour bien conscient de la complexité de la chose alimentaire, c’est bien L’INNOVORE !

Le genre n’est qu’un critère parmi d’autres, auquel on n’a pas (encore ?) assigné un coefficient de pondération. Gardons donc cette prudente relativisation à l’esprit. Une fois que l’on a dit ça, on énumère volontiers les trouvailles de Kantar :

  • Les protéines animales sont plébiscitées par les deux sexes (9 Français(es) sur 10 en consomment au moins une fois par semaine) ;
  • Les sources de protéines sont genrées : les femmes préfèrent le jambon blanc, le veau, le poisson, les œufs et la volaille fraîche, tandis que les hommes consomment plus volontiers le tartare et l’entrecôte ;
  • Ces différences sont plus exacerbées chez les Millenials ;
  • Il y a plus de différences liées au genre chez les célibataires que chez les couples ;
  • Les motivations du repas sont identiques, avec toutefois une plus grande importance accordée au côté sain et diététique chez les dames.

  

L’oeuf et la poule… le genre ou l’image du genre ?

 

Comparons :

  • Une publicité Yoplait diffusée aux USA met en scène une belle brune svelte, dansant au rythme d’une piste instrumentale funky dans un chalet rose bonbon. « Bonne nouvelle !», dit-elle en anglais avec un fort accent Frenchy. « Il y a maintenant -25% de sucre dans votre Yoplait ».

Changement de décor. Quelques secondes plus tard, sur la même chaine :

  • Une publicité Arby’s met en vedette un plateau de bacon crépitant, commenté par une voix rauque et profonde qui pourrait très bien être celle d’un général dans un film des années 1980 : « We have the meat ». (Nous avons la viande)

L’influence du matraquage publicitaire mériterait, elle-aussi, d’être challengée. C’est l’histoire de l’œuf et la poule : c’est parce que l’on affiche des préférences genrées que les spots sont aussi stéréotypés ? Ou c’est parce que les spots sont tellement stéréotypés que l’on a fini par avoir des préférences genrées ? La 2e édition du MeatLab Charal ne s’est pas penchée sur la question, mais elle livre une belle synthèse sur la « compétence » des sciences à considérer pour répondre à la question du genre de l’assiette :

  • Angle scientifique: « les filles et les garçons ne naissent pas avec des cerveaux câblés différemment ». En somme, ce n’est pas à la neuroscience d’expliquer les différences alimentaires entre les hommes et les femmes ;

 

  • Angle physiologique: le PNNS recommande pour l’humain, sans distinction entre l’homme et la femme. Il existe tout de même des situations « exceptionnelles » pendant lesquelles les besoins physiologiques varient, comme la gestation et l’allaitement. Enfin, les menstruations appellent un plus grand apport en zinc et en vitamines A, B9 et B12 ;

 

  • Angle sociologique: les femmes semblent plus réceptives aux arguments nutritionnels, massivement relayés par la presse féminine. Traditionnellement, la viande rouge est associée à la virilité, à la force et à la puissance, tandis que la volaille bénéficie d’une connotation d’équilibre, de légèreté, pour un meilleur contrôle de sa silhouette ;

 

  • Angle psychologique: c’est sans doute là l’approche la plus pertinente. Le jeu de la séduction a toute sa place dans l’explication des écarts hommes-femmes à table. A la petite fille, on apprend à manger délicatement. Au petit garçon, on ordonne de « finir son assiette ». Plus tard, lors d’un premier rendez-vous, « les femmes préfèrent prendre un poisson lorsque les hommes n’hésitent pas à choisir une entrecôte/frites »n peut-on lire dans le compte-rendu du MeatLab. Toujours dans cette dualité qui voudrait que la femme doive « plaire », l’homme « séduire », la viande saignante se retrouvera plus volontiers dans l’assiette de l’homme.

 

Le stéréotype n’est jamais loin… mais une fois n’est pas coutume, il est appuyé par le terrain. A moins que ce ne soit le méchant stéréotype, doublé de la pression sociale, qui ne forge le terrain…

 

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