Où sont les femmes ?

Autant la cuisine professionnelle est un monde d’hommes, autant la cuisine domestique, du quotidien est d’abord la tâche des femmesLa féminisation de l'alimentation entraînera-t-elle la féminisation d'une profession ?

  

Le culte de la gastronomie

 

Trois chiffres : 93%, 25% et 10%. 93%, c’est le pourcentage des femmes en couple qui s’occupent de la cuisine au quotidien. 25%, c’est le pourcentage des cuisinières professionnelles*. 10%, c’est le pourcentage de celles qui exercent dans la restauration gastronomique**.

 

Sur les 616 tables primées par le guide Michelin en 2017, seules 16, soit 2,6%, sont tenues par des femmes. Etonnant ? Pas vraiment. Si la parité progresse sur les bancs de l’Assemblée nationale, elle n’en est qu’à ses premiers balbutiements dans la restauration… Même si par parité, nous retiendrons la notion de nombre, et non celle de Françoise Giroud qui la définissait ainsi : "La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente."

 

Les codes « très masculins » de la profession

 

« Elle est mère, elle mijote des petits plats, elle n’a rien à faire dans le domaine du travail gastronomique ». Cette image, figée dans la naphtaline, a longtemps fait loi dans les hauts-lieux de la restauration. Bonne nouvelle, le sexisme en cuisine ferait partie d’un passé récent, mais d’un passé tout de même !

 

« La dernière fois que j’ai assisté à une réflexion sexiste, cela devait être dans les années 1990 », se réjouit Jonathan Wahid, chef pâtissier de l’Auberge de la Reine Jeanne où il officie avec son illustre compagne, Fanny Rey, désignée « Femme chef de l’année 2017 » par le Guide Michelin.

 

Pourtant, le changement progressif des mentalités ne semble pas s’accompagner d’une dilution des codes masculins qui régissent la profession. Dans les brigades, l’organisation s’inspire de la sphère militaire, les rythmes sont compliqués, le travail est physiquement éprouvant et la hiérarchie est très marquée. A l’occasion d’une conférence sur les violences en cuisine, des femmes chefs ont reconnu avoir été « testées » sur leur « résistance aux conditions de travail » avant de décrocher leur poste. Preuve, s’il en faut, de la différence de traitement par le sexe dans la restauration.

 

Pourtant, à l’école…

 

C’est un paradoxe assez singulier. Elles sont minoritaires aux postes les plus toqués, chasse gardée de la gent masculine, mais elles sont majoritaires, ou, au moins, aussi présentes que les hommes dans les écoles de cuisine les plus prestigieuses. C’est par exemple le cas dans le réseau d’écoles Le Cordon Bleu (60% de femmes) et dans la célèbre école Ferrandi (50% de femmes). A mesure que sont gravis les échelons, la situation s’inverse. Pour expliquer ce contretemps, les hypothèses fusent, et c’est la porte ouverte aux interprétations subjectives qui débouchent souvent sur des débats philosophico-politiques.

 

Une « simple » question de visibilité ?

 

Dans son documentaire « A la recherche des femmes chefs », Vérane Frédiani a cherché à répondre à la question qui fâche : pourquoi trouve-t-on aussi peu de femmes derrière les fourneaux des grands restaurants ? Au fil des rencontres, la productrice a changé son fusil d’épaule pour se demander plutôt pourquoi les femmes sont si peu visibles dans la gastronomie, en France mais aussi ailleurs. Car si elles sont minoritaires, elles ne sont pas pour autant absentes. « J’ai découvert progressivement qu’il y en avait énormément, et qu’il y en a eu dans l’Histoire », explique-t-elle. « En effet, quand on tape sur Internet les noms des femmes chefs, il n’y pas grand-chose. Leurs livres ne sont plus édités, elles tombent dans l’oubli ». Comment combler ce manque de visibilité, de notoriété et surtout de reconnaissance ? La productrice estime que la profession manque de « modèles forts » qui poussent les jeunes filles « à rêver et à croire en leurs rêves » car finalement, les femmes qui travaillent dans la restauration sont confrontées aux mêmes arbitrages entre vie privée et vie professionnelle que celles qui évoluent dans les autres professions.

 

L’invisibilité laisse place à une médiatisation naissante

 

Si le constat n’est pas flatteur, on ne peut ignorer une dynamique positive qui laisse présager de lendemains meilleurs. Dans la gastronomie, les femmes s’affirment, excellent et plaisent. L’invisibilité laisse place à une médiatisation naissante, timide mais bien présente. Des chefs comme Ghislaine Arabian et Stéphanie Le Quellec font des émules à la télé, et des auteures spécialisées comme Françoise Bernard multiplient les best-sellers en la matière… En occupant le terrain, ces compétences, valorisées, ancrent dans l’inconscient du grand public que la femme n’est pas là que pour mijoter. Elle crée, dans la finesse et le raffinement. Est-ce assez pour doper la représentativité des femmes dans un avenir proche ? L’INNOVORE se plait à le croire !

 

 

* Etude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), mars 2015.

** Article publié sur le portail de l’économie et des finances.

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