Le scénario cata de la pénurie de chocolat !

Il est 9h00. En ce matin enneigé du 25 décembre 2038, la petite Monique, 5 ans, se lève pour aller découvrir ses cadeaux de Noël. Toute excitée, elle déballe quelques jouets écoconçus non genrés, puis se précipite vers ses chaussettes bio remplies de friandises. Parmi les crickets caramélisés, les tofus aux fruits et les vers Molitor glacés, Monique choisit une grosse papillote brillante qui présage d’une gourmandise délicieuse : c’est un chou de Bruxelles cru. Hummm !

Attendez, il ne manque pas quelque chose, là ?

 

Il ne manque pas un peu de chocolat ?

La vie sans chocolat ? Difficile à imaginer pour les millions de mangeurs qui s’en délectent aujourd’hui. En 2017, les français en mangeaient en moyenne 7,3 kg par an  et c’est sans compter le chocolat consommé en Restauration Hors et A Domicile ! Les générations occidentales nées depuis l’après-guerre d’abondance, celles qui ont connu – entre autres - la publicité  dans laquelle du chocolat coule pour recouvrir une poire, ne s’imaginent même pas une carte de restaurant sans dessert au chocolat !

 

Boulangeries, bars, fast-food, salons de thé, restaurants… - à l’exception, peut-être des établissements asiatiques, indiens ou orientaux - tous proposent au moins un met au chocolat : chocolat chaud, poudre de cacao sur le capuccino - glace, macaron, brownie, éclair, tarte, crêpe, mousse, fondant, pain … au chocolat, cheese-cake au coulis de chocolat …

 

Certains établissements comme les chocolatiers indépendants ou sous franchise (Jeff de Bruges, Léonidas, De Neuville, La Maison du Chocolat, Pierre Marcolini, Chocolats Puyricard, Péchés Gourmands, Des Lis Chocolats, Michel Cluizel…), les glaciers, les bars à chocolats et les salons de thé (Un Dimanche à Paris, The Chocolate Bar, Angelina…) en ont même fait leurs spécialités ou produits d’appel ! Sans compter que de nombreux chefs ont leur « recette signature » : le cornet crousti-craquant au chocolat explosif de Christophe Michalak, la galette infiniment chocolat de Pierre Hermé, le Rouge Baiser de Christophe Adam

 

Et pourtant, le scénario cata de la pénurie de chocolat nous pend quand même un peu au nez !

 

La faute à qui ?

La presse et les spécialistes évoquent plusieurs raisons à cette pénurie annoncée. La faute à la demande croissante des milliards de mangeurs indiens et chinois qui, en augmentant leur pouvoir d’achat, découvrent et apprécient de plus en plus le chocolat. C’est d’ailleurs pour eux qu’a été créé le chocolat Ruby. La faute au réchauffement climatique qui assèche les zones équatoriales où poussent les cacaoyers et fragilisent les plantations. La faute aux producteurs de cacao - 50 millions de paysans du Sud travaillant majoritairement dans de petites exploitations familiales - sous-payés, qui délaissent le cacao pour des cultures ou métiers plus rentables.

 

Sous la combinaison de ces trois raisons majeures, le chocolat, ce symbole même du plaisir et du réconfort aux bienfaits antistress, cérébraux et vasculaires, pourrait bien venir à manquer.  L’échéance annoncée varie selon les études et les médias : 2020, 2030, 2050… Difficultés d’approvisionnement, hausse de prix, pénurie, moindre qualité… La fin du chocolat est d’autant plus angoissante pour le mangeur qu’elle est imprécise. Info ? Intox ? Complot ? Les spéculations autour du sujet seraient-elles d’abord économiques ?

 

Il ne manque pas un peu de RSE ?

Si le risque de pénurie de cacao capte autant l’attention, c’est peut-être parce qu’il symbolise toute l’outrecuidance et la désuétude d’un système alimentaire mondial qui a satisfait pendant des décennies le plaisir des sociétés les plus riches au détriment de l’environnement et des besoins et droits les plus élémentaires des producteurs du Sud. Alors certes, des initiatives de commerce équitable, Bio se sont développées. Mais elles sont minoritaires sur cette commodité très convoitée, très financiarisée, et dont la chaîne est parfois complètement intégrée de la production à la distribution.

 

« Normalement, il faut cinq ans pour qu’un cacaoyer produise des fèves. Mais les nouvelles variétés génétiques pourront en produire au bout de 18 mois » […] « On ne payera donc pas mieux les planteurs, mais on aura des rendements qui seront supérieurs d’un cacao qui n’aura malheureusement aucun goût », regrette Pierre Marcolini dans Paris Match 

Pour limiter l’impact d’un boomerang au chocolat très amer, tous les acteurs de la chaîne - consommateurs, RHD, industrie, grossistes, coopératives, producteurs… - doivent se mobiliser. Il s’agit de privilégier un cacao produit par des producteurs décemment payés et traités. Pas de droits, pas de chocolat ! Le respect de l’environnement et des écosystèmes ne doit pas être négociables. Demander une traçabilité sur les variétés doit devenir un réflexe. Et dans le doute, ne pas acheter, pour faire évoluer les pratiques. Un engagement contraignant et difficile à mettre en œuvre dans une situation oligopolistique où quelques multinationales captent une large part de la valeur ajoutée de la filière… Mais le client - qu’il soit acteur du Food Service ou consommateur final - n’est-il pas au centre ?

 

Alors, faisons tous un effort collectif pour que la petite Monique (qui a hérité du prénom de son arrière-grand-mère…) puisse, en 2038, déguster une papillote au gianduja ; et manger dans son restaurant préféré un fondant au chocolat encore meilleur !

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Redigé par La Horde L'INNOVORE

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