Le robot-cuistot se pragmatise mais se sent à l’étroit…

Nous avons vu la cuisine du futur. Elle était installée juste-là, sur la mezzanine centrale, au milieu des spotlights, devant les yeux des participants au Smart Kitchen Summit de Seattle. Si vous êtes du genre à imaginer le robot en humanoïde, vous risquez d’être déçu. Car la cuisine du futur n’est pas peuplée d’androïdes anthropomorphes vêtus d’un tablier à froufrou. On est d’ailleurs plus dans la (grosse) machine que dans le robot aux traits fins. Conclusion : les pros de la restauration auront besoin… de plus d’espace en cuisine !

 

Size matters !

 

L’odeur des prototypes prometteurs et, forcément, du capital-risque, était dans l’air. La foodtech à la sauce robot peine à se débarrasser de sa connotation fantaisiste, un peu maladroite, un peu cliché. Entre deux réunions informelles de networking, les participants se sont prêtés aux inévitables tests filmés, avec plusieurs ratés mais quelques belles trouvailles. Quand les robots se mettent à la cuisine, le résultat n’est pas (encore) digne d’un chef. Le geste humain serait-il inrobotisable ? Sony veut croire que non. Le géant nippon semble désavouer ses précédentes tentatives en repassant par la case R&D avec cette fois, un partenariat avec l’université américaine Carnegie-Mellon. Objectif : créer le cuisiner 4.0, capable de préparer, de cuisiner, de servir et éventuellement de livrer, sans perdre de vue la problématique des dimensions spatiales car pour l’heure, les Moley, Zume Pizza, Yaskawa Cookie-Printer & co déploient des largeurs invraisemblables. Ils ne sont donc pas envisageables pour le restaurateur, à moins d’évoluer dans la cuisine gigantesque d’un grand hôtel ou un restaurant multi-étoilé, une cible qui n’est pas forcément la plus intéressée par l’automatisation. Spyce et ses sept robots-marmites à induction proposent un début de solution en ce sens.

 

Ça ne fait pas rêver, mais ça rend service

 

Le fantasme du chef humanoïde se dissipe donc progressivement, si ce n’est chez le grand public, à la faveur d’une conception plus pragmatique, orientée « utilité » plutôt que « glamour ». On peut déjà miser sur la démocratisation de l’imprimante 3D en cuisine. « Dans 10 à 15 ans, l’imprimante 3D va devenir un appareil de cuisine commun, au même titre que le four ou la cuisinière », prédit Lynette Kucsma, cofondatrice de Natural Machines qui commercialise Foodini, une imprimante 3D pensée pour la cuisine. Sans disrupter la préparation ou révolutionner les modus operandi, l’imprimante 3D, par ses caractéristiques intrinsèques et sa taille (celle d’un gros four à micro-ondes), peut occuper la place encore vacante d’assistant robot du chef : sculptures complexes en chocolat, pizzas aux motifs originaux, travail géométrique de la pâte, purée à la texture maîtrisée… ça ne fait pas rêver, mais ça rend service, et ça traduit bien la nouvelle orientation de la robotique appliquée à la cuisine. Si la cible reste d’abord le restaurateur et le traiteur, on peut aisément imaginer l’intérêt dans les cuisines des hôpitaux et des EHPAD pour stimuler l’appétit des convives (jeux de couleurs pour un patient atteint de DMLA par exemple) … en attendant la miniaturisation des robots dinosaures !

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