Un mangeur normé mais peu normal

Trop présente ou pas assez, la norme est au cœur de nos systèmes alimentaires. Elle relate nos connaissances et nos peurs. Elle vise à répondre à nos besoins tout autant qu’à réguler un marché qui serait tenté d’oublier que l’alimentation appartient au vivant. Elle apporte enfin des garanties au mangeur, que la distance entre l’aliment et son assiette a rendu impuissant à obtenir sans elle.

    

La norme, une fabrique de confiance pour le mangeur 

 

On juridicise l’alimentation en multipliant les producteurs de normes : modèles mixtes, conjuguant normes privées et publiques, voire modèles où l'État crée la norme, dont il fait reposer la régulation sur des organismes privés.

 

C’est le cas des produits bio, qui reposent sur des certifications délivrées par des organismes privés. Le label bio est contraignant pour le producteur et rassurant pour le consommateur. Mais pour combien de temps ?  

 

S’il reste le graal pour toujours plus de producteurs (+32% d’exploitations certifiées entre 2013 et 2016 selon l’Agence Bio), il est parfois remis en question. Certains s’en détournent, en avançant qu’ils n’ont pas besoin de label pour que leurs produits soient sains et sûrs. Si cette tendance trouve son noyau dur chez les petites exploitations, l’univers industriel et la grande distribution tendent à se doter de certifications supplémentaires pour apporter encore plus de réassurance.

 

Citons l’ambitieux projet du groupe Auchan intitulé "Militant du bon du sain et du local". La chaîne d’hypermarchés a choisi de se doter d’un collège d’experts indépendants à même d’édicter ses propres recommandations alimentaires et de mettre en place de filières d’approvisionnement répondant à des cahiers des charges spécifiques. La norme devient donc privée, afin de dépasser celle du secteur public et d’apporter des garanties supplémentaires aux consommateurs. 

 

Sécurité sanitaire, qualités nutritionnelles, environnement et qualités intrinsèques remarquables sont les quatre aspects que cherche aujourd’hui à couvrir la superproduction normative, elle-même dopée par la mondialisation de l'alimentation.

 

La norme et la mondialisation : entre désir de tout contrôler et ouverture

 

Pour reprendre l’exemple du bio, la mondialisation est une donnée désormais incontournable qui questionne la norme. Avec les produits bio en provenance de pays dont la législation n’est pas la même que celle de l’Union européenne, on dénonce une agriculture bio à deux vitesses, trompeuse pour le consommateur et pénalisante pour le producteur local. La mondialisation implique donc davantage de vigilance.

 

Parfois aussi, et à l’inverse, l’observation des tendances mondiales conduit à une révision de la norme alimentaire vers un assouplissement. C’est ainsi que la Suisse est devenue le premier pays d’Europe à autoriser la vente en grandes surfaces de produits élaborés à partir d’insectes. Une législation qui fait figure de rupture sur le vieux continent, là où dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, les insectes figurent au menu depuis bien longtemps. En France, si la vente est autorisée par le ministère, elle n’a pas été légalisée officiellement.

 

Pour l’entomophagie comme pour d’autres pratiques, la rencontre du local et du global peut donc générer un assouplissement des normes produits. Ce qui était impossible devient possible au fur et à mesure que l'on sort des modèles basiques et construits. On a potentiellement le monde entier dans notre assiette, mais plus il y a de règles du jeu, plus il y a de jeux sur les règles.

La norme est aussi une manière de penser l’alimentation, qui – à mesure que notre pensée se façonne, influencée par les nouvelles connaissances, l’observation d’autres pratiques, les expériences passées – se doit d’évoluer.  Hier, en France, la norme devait garantir l’abondance. Aujourd’hui, la nouvelle politique qui se dessine vise à garantir une alimentation saine, sûre et durable. L'alimentation va encore se sécuriser, mais aussi se décaler vers des systèmes de valeurs différents.

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